Les dessins dans les publications de Raoul-Rochette

Cécile Colonna, Euan Wall

Cette documentation visait à alimenter ses connaissances personnelles et à étayer les cours d’archéologie qu’il reprend immédiatement après son retour en France. Elle concernait notamment des œuvres inédites ou précédemment mal reproduites, qui nécessitaient un examen attentif et une publication rigoureuse. Dès son retour, Raoul-Rochette entreprend donc la mise en forme et la publication d’une partie des notes et dessins collectés lors de son séjour italien.

Monuments inédits de Pompéi (1828-1843)

Le premier ouvrage issu du retour de Raoul-Rochette d’Italie porte sur les monuments inédits de Pompéi, comprenant les dessins, plans et relevés de l’architecte Jules Bouchet. La première livraison paraît dès avril 1828, mais la publication s’étend sur quinze ans et reste finalement inachevée. La première partie est consacrée à la Maison du Poète Tragique, tandis que la deuxième, intitulée Peintures spécialement de décors d’intérieurs, paraît à partir de 1839 et s’interrompt en 1843, le texte prévu n’ayant jamais été ajouté. Les exemplaires conservés sont donc rarement complets.

Ces retards s’expliquent principalement par le coût élevé d’une telle entreprise : les planches, en grand folio (490 × 330 mm), comportent des gravures en couleur, toutes relevées à la gouache par Bouchet, ce qui ralentit considérablement le rythme des livraisons. La première partie comprend ainsi sept livraisons totalisant 27 planches, tandis que la seconde en compte huit, pour 27 planches non numérotées.

Bien que les dessins originaux de Bouchet n’appartiennent pas à l’Album Raoul-Rochette et soient certainement restés la propriété de l’architecte, l’album conserve un dessin d’une mosaïque de la Maison du Poète Tragique, réalisé par une autre main, présentant une version notablement différente de celle publiée dans l’ouvrage. MS-461_09_2

Voir le dessin de l’album publié dans cet ouvrage

Monuments inédits d’antiquité figurée grecque, étrusque et romaine (1828-1833)

Deux mois après, paraît le premier fascicule des Monumens inédits d’antiquité figurée grecque, étrusque et romaine (juin 1828). Bien que publié en folio et imprimé par l’imprimerie royale, cet ouvrage se distingue par un format moins luxueux que les publications pompéiennes : il comprend un grand nombre de planches, mais uniquement en noir et blanc. La première partie, consacrée aux héros — Achilléide, Odysséide, Orestéide — est achevée en 1833, tandis que la suite n’a jamais été réalisée.

Dans ces planches, 61 dessins proviennent directement de l’album Raoul-Rochette. Le texte fournit de nombreuses indications montrant que d’autres dessins ramenés d’Italie ont également été utilisés, mais n’ont pas été intégrés à l’album ; c’est le cas, par exemple, de la statue de Mars assis de la villa Ludovisi, publiée en planche XI.

Raoul-Rochette mobilise également des dessins plus anciens, notamment ceux rapportés par Millin lors de son voyage en Italie (1811-1813) et conservés à la Bibliothèque royale. Il mentionne à neuf reprises ces dessins dans son texte, concernant quatre vases grecs 1 et cinq reliefs 2 . Bien qu’il n’ait pas toujours observé ces œuvres lui-même, il se réfère à l’autorité de Millin pour garantir la fidélité et la véracité des reproductions 3 .

Voir les 61 dessins de l’album publiés dans cet ouvrage

Peintures inédites (1836)

En 1836, Raoul-Rochette publie un ouvrage plus général consacré à la peinture antique, dont le titre complet — Peintures antiques inédites, précédées de recherches sur l'emploi de la peinture dans la décoration des édifices sacrés et publics chez les Grecs et chez les Romains, faisant suite aux Monuments inédits — souligne sa continuité avec ses publications antérieures. L’ouvrage intègre dix dessins issus de l’album Raoul-Rochette, à commencer par les fragments de fresque représentant des héroïnes de la mythologie, provenant de la villa de Munatia Procula à Tor Marancia, découverts en 1816 et relevés au Vatican (MS-461_08_1, MS-461_08_2, MS-461_08_4, MS-461_08_5, MS-461_08_6).

Une planche est consacrée à une urne peinte de Centuripe, dont le dessin avait été offert à Raoul-Rochette par le baron Pisani (MS-461_06_5). L’ensemble est complété par trois petits fragments de verre coloré et un fragment de verre peint, provenant des collections du Cabinet des Médailles et de Berlin (MS-461_06_1, MS-461_06_2, MS-461_06_3, MS-461_06_4).

Cet ouvrage illustre l’attention portée par Raoul-Rochette à la peinture antique, ainsi que son souci de mettre en valeur des relevés rigoureux, issus de voyages ou de collections conservées en Italie et en France, et de les intégrer dans une série de publications complémentaires aux Monuments inédits.

Les dessins rapportés d’Italie continuent d’être exploités longtemps après le retour de Raoul-Rochette. En 1853, peu avant sa mort, il adresse encore à Pietro-Ercole Visconti un article destiné aux Mémoires de l’Académie de Rome, en y joignant « un calque du dessin de la statue Albani, que je fis faire dans le temps à Morelli 4  ». Cette citation illustre la longévité et la centralité de ces relevés dans son travail scientifique, qui demeurent des instruments essentiels pour l’étude et la publication des antiquités.

Voir les 10 dessins de l’album publiés dans cet ouvrage

Notes de bas de page
1Raoul-Rochette 1833, p. 16, n. 5, pl. IV.1 bpt6k884455h (f-136) = btv1b8591474s (f-143) ; p. 40 n. 10, pl. VIII.2 bpt6k884455h (f-140) = btv1b8591474s (f-264)  ; p. 139, n. 2, pl. XXVIII bpt6k884437k (f-136) = btv1b8591474s (f-190)  ; p. 250, n. 6, pl. LXXVI, n°7. bpt6k8844510 (f-230)
2Raoul-Rochette 1833, p. 215, n. 1, pl. XLIII, 2 bpt6k884437k (f-154)  ; p. 227, n. 2, XLII A, n°2 bpt6k884437k (f-153)  ; p. 388, n. 2, pl. LXXVI, n°4. bpt6k8844510 (f-230)  ; p. 406, n. 2, pl. LXXVII, n°1. bpt6k8844510 (f-231)  ; p. 420, pl. LXXI, n°1 bpt6k8844510 (f-224)
3Raoul-Rochette 1833, p. 420 : « il semble que la longue expérience acquise par Millin permette d'admettre avec confiance un monument tel que celui-là, dont la composition offre d'ailleurs tous les caractères de l'antiquité.”
4Lettre n°35 – 17 avril 1853