Une quête sans fin de bons dessins

Cécile Colonna, Euan Wall

Le retour en France ne marque en rien l’arrêt des activités de collecte de Raoul-Rochette. Bien au contraire, l’archéologue poursuit l’acquisition de dessins et de relevés depuis Paris, en Italie et auprès de correspondants européens. Dès son retour, il sollicite ses contacts italiens, notamment Pietro-Ercole Visconti à Rome et Charles Catalano à Naples, afin d’obtenir les reproductions manquantes ou difficiles d’accès. Certaines commandes se révèlent particulièrement longues et laborieuses. C’est le cas d’un autel funéraire de la villa Casali, dont le dessin met trois ans à lui parvenir. Raoul-Rochette confie à Visconti le 13 mai 1829 :

« Je ne conçois pas les difficultés qui ont été faites, au sujet de ce monument, par le propriétaire de cette villa, qui avait eu cependant beaucoup de bonté pour moi. Jusqu’ici, j’ai répugné à faire intervenir notre ambassadeur dans une pareille affaire (…) »

Malgré ses efforts répétés 1 , il ne reçoit finalement ce dessin qu’en 1833, exécuté par Carlo Ruspi, dessinateur expérimenté travaillant notamment pour E. Gerhard 2 . Ce dessin sera gravé dans la dernière livraison des Monuments inédits 3 , tandis que deux autres relevés de Ruspi, réalisés la même année — une statuette de vieille femme et un couvercle de sarcophage — resteront inédits. Raoul-Rochette sollicite encore périodiquement son ami pour obtenir des dessins, jusqu’en 1839 4 .

À Naples, Charles Catalano joue un rôle comparable, agissant comme intermédiaire entre Raoul-Rochette et le dessinateur Andrea Russo, auteur des relevés d’objets de Pompéi publiés par Avellino en 1843 5 . Plusieurs lettres de Catalano envoyée dès le retour à Paris fin septembre 1827 attestent de la transmission régulière de dessins et objets au savant français 6 . Toutefois, il reste difficile d’attribuer avec certitude certains dessins napolitains de l’album à ces envois, faute de signature.

L’album inclut également des dessins anciens acquis ou réalisés avant le voyage italien. On y trouve par exemple un relief signé Louis Dupré, exécuté à Terracine en 1819, ainsi qu’un relief de sarcophage dessiné à Paris par Jean-Baptiste Muret, futur employé du Cabinet des Médailles en 1830. D’autres dessins non signés peuvent sans doute être attribués au même auteur, comme une plaque Campana de Tarquinia, ou une urne étrusque de Volterra rapportée lors du voyage. Les signature ajoutées par Muret dans l’exemplaire des Monuments inédits du Cabinet révèlent encore qu’il a réalisé le dessin d’une lampe de la collection parisienne, et l’autel d’Auguste du Vatican.

Les publications nous donnent encore les noms d’autres dessinateurs parisiens : James Pradier a dessiné pour son collègue à l’académie les têtes d’Oreste et Pylade du Louvre ; Jules Ramey le groupe statuaire trouvé à Soissons en 1830-1831 et acheté par le Louvre en 1833 ; Jules Antoine Vauthier a reproduit le relief votif alors dans la collection de Narcisse Révil, et depuis entré au Louvre. Enfin, Jean-Baptiste Arnout a reproduit deux façades de sarcophage de la villa Mattei.

Enfin, certains dessins proviennent de correspondances internationales, notamment du musée de Berlin. Deux petites plaques peintes envoyées par E. Gerhard sont ainsi comparées à une pièce acquise par Raoul-Rochette après 1835, témoignant de la circulation des images et de la mise en réseau des connaissances archéologiques européennes.

L’ensemble montre que l’album de l’INHA n’est pas un simple recueil de dessins réalisés lors d’un voyage ponctuel, mais le produit d’un effort continu de documentation mêlant déplacements sur le terrain, collaborations avec dessinateurs et correspondances savantes sur plus d’une décennie.

Notes de bas de page
1Une lettre du 16 mai 1830 nous apprend qu’il n’a toujours pas réussi à faire dessiner l’œuvre et qu’il hésite à nouveau à faire intervenir l’ambassadeur. Il tente encore d’obtenir ce dessin de Morelli le 28 juin 1830.
2Gran-Aymerich 2012, p. 1132-1133.
3Seulement un commentaire et un relevé de l’inscription dans le premier tome.
4Lettre 9 décembre 1838, 10 mars 1839, 19 avril 1829, 30 août 1839
5Avellino 1843 : dessin d’Andrea Russo, gravé par Raffaele Estevan. Dessins originaux conservés au Getty Research Institute (Fonds Vander Poel, Visual documentation of Pompeii, box 531*, folder 1, Disci marmorei figurati, circa 1833).
6Paris, BnF, MMA, 5 APM 5.