Les papiers de fouilles des Pressouyre

En 1960, l’archéologue et historien de l’art Léon Pressouyre a connaissance de vestiges sculptés retrouvés par hasard aux abords de la collégiale de Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-sur-Marne. Persuadé qu’il s’agit des restes d’un cloître du 12e siècle détruit avant la Révolution, il entreprend à partir de 1963 avec son épouse Sylvia une fouille de récupération des fragments qui se poursuit en 1970 par une fouille stratigraphique classique menant à la mise au jour des fondations du cloître. La plupart des fragments, enchâssés dans les murs de fondation de bâtiments construits sur l’aire du cloître après sa destruction, sont retrouvés lors des premières campagnes de fouilles. Durant de longues années, les époux Pressouyre vont s’attacher à les assembler afin de reconstituer bases, chapiteaux, impostes, arcatures, colonnes lisses et statues colonnes. En 1978, désireux de présenter ces vestiges au public, ils créent un musée sur le site même de leurs découvertes ; Léon Pressouyre en est le premier conservateur.

Ce projet numérique, mené en coordination avec le Musée du cloître récemment rénové, se propose de présenter une modélisation topographique des fouilles menées par les Pressouyre entre 1963 et 1976. Il doit permettre notamment de visualiser les trouvailles et de suivre la chronologie du chantier afin de mieux appréhender la conduite des fouilles et d’en embrasser le contexte. Originale et atypique, cette aventure archéologique est loin d’être négligeable. Elle est parmi l’une des premières à avoir été menée en contexte urbain sur des vestiges médiévaux, et ce, bien avant l’avènement de l’archéologie préventive.

Les papiers de fouilles du cloître sont, depuis 2014, conservés dans les fonds d’archives de la bibliothèque de l’INHA. Fiches signalétiques des trouvailles, cahiers de fouilles, dossiers d’œuvres, plans et nombreuses photographies permettent de documenter précisément chaque étape du travail des époux Pressouyre. De son côté, le projet de rénovation du musée, achevé au printemps 2025, s’est accompagné d’une vaste opération de valorisation numérique des collections, photographiées et digitalisées en 3D. La prise en compte de l’ensemble des données archivistiques et leur mise en regard avec les images des vestiges produites par le musée, rendent possible une vision globale, à proprement parler monumentale, de ce chantier qui n’a pas encore totalement livré tous ses secrets.