Les fouilles du cloître débutent le 2 mai 1963. Elles s’annoncent délicates car l’endroit est habité : le chanoine Dhyvert, successeur de l’abbé Hubert, loge au presbytère dont le grand jardin est clos de murs. De même, les maisons canoniales des n° 3, 5 et 7 de la place Notre Dame sont toujours occupées. Deux méthodes d’exploration différentes, mais complémentaires, vont successivement être mises en œuvre par Léon Pressouyre afin de s’adapter à cet environnement très particulier.
La première phase est une fouille dite de « récupération », procédé dont le principe consiste à démonter, au moins partiellement, un bâtiment construit avec les matériaux d’un édifice antérieur dont on se propose l’étude. Elle exclut donc toute donnée stratigraphique pour se concentrer uniquement sur les résultats matériels.
Au cloître, elle voit la récupération des fragments réutilisés dans les murs et fondations des constructions édifiées sur l’aire du cloître après son démantèlement au 18e siècle. L’opération se révèle ardue car les structures doivent être préservées. Il faut donc déchausser les murs puis les étayer afin de pouvoir retirer les fragments que l’on remplace par des moellons de pierre avant remaçonnage. Léon Pressouyre ne résidant pas à Châlons, les fouilles, envisagées comme un travail exécuté dans l’enceinte d’un monument classé, la collégiale de Notre-Dame-en-Vaux, sont dirigées par Paul Pillet, architecte en chef des Monuments Historiques. Elles sont suivies sur place par le chanoine Dhyvert, et exécutées par deux ouvriers professionnels du bâtiment, M. Barrault et M. Bergaut. Le chanoine Dhyvert rédige au jour le jour un journal de fouilles permettant d’en suivre très précisément le déroulé. En effet durant cette période les époux Pressouyre ne logent pas sur place. Léon Pressouyre se déplace beaucoup, notamment à Rome et aux Etats-Unis. Son épouse Sylvia, conservateur au Musée national du château de Fontainebleau depuis 1966, poursuit ses propres recherches mais ne manque pas de participer de près aux travaux lorsque le couple se retrouve à Châlons.
Les campagnes de fouilles se déroulent généralement l’été, les époux Pressouyre étant davantage disponibles. Elles sont rythmées par les fêtes religieuses, les jours fériés et les obligations des ouvriers. Ceux-ci sont en effet réquisitionnés régulièrement pour d’autres chantiers municipaux.
Cette première phase s’avère la plus riche en découvertes de fragments et voit l’exhumation en plusieurs endroits du site des murs de fondation du cloître.
L’année 1963 est la plus prolifique et fournit près de 65 % des trouvailles de cette première étape. Les deux ouvriers œuvrent sans répit, s’attaquant chacun à l’un des deux murs du jardin du presbytère, soient les zones où avaient été faites les découvertes de l’abbé Hubert en 1937.
Deux moments forts peuvent être distingués : fin mai avec de nombreuses trouvailles le long du mur nord du jardin, et fin août avec la reprise du chantier qui se concentre sur le mur ouest du presbytère. Quelques segments de fondations de murs du cloître sont également mis au jour durant la deuxième quinzaine du mois de juillet.
Les moments durant lesquels aucune trouvaille n’est signalée sont des périodes consacrées aux travaux de rebouchage et de remaçonnage des murs explorés, ou correspondent à des absences des ouvriers : de mi-juin à début juillet, pendant les vacances d’été en août puis à partir de mi-septembre.
En 1964, Léon Pressouyre est très peu présent sur site car il est en Italie, en tant que membre de l’Ecole Française de Rome. L’année est plutôt consacrée à l’étude des découvertes faites en 1963, à des enquêtes autour des fragments qui pourraient être conservés ailleurs, dans les musées ou chez des particuliers, voire réutilisés sur d’autres monuments. Il y a très peu de fouilles. Elles se concentrent en juillet dans l’objectif de retrouver un puits et des fragments. Des sondages sont effectués sous la salle Sainte Claire et dans la cour de la maison canoniale du n° 5 place Notre-Dame, mais ils ne donnent rien.
Les époux Pressouyre, présents l’été, s’attachent aux reconstitutions et aux collages. Ils photographient statues et chapiteaux avec l’aide de M. Roche, photographe local. C’est sans doute à ce moment-là que Sylvia, reprenant les données du cahier de fouilles du chanoine Dhyvert, commence à rédiger les fiches de fouilles, tâche qu’elle poursuivra jusqu’à la fin du chantier.
Les fouilles reprennent le 14 septembre 1965 comme Léon Pressouyre est de retour à Châlons. Elles se concentrent surtout autour de la salle Sainte Claire, sur la parcelle du n° 3 place Notre-Dame dont le locataire, M. Aubert, vient de décéder. Peu de fragments sont découverts mais une partie des fondations du mur intérieur du cloître est dégagée, comme nous l’apprend le journal de l’abbé Dhyvert qui bénéficie durant cette période de l’aide de deux ouvriers supplémentaires. Des trouvailles sont également faites près du garage donnant sur le quai et dans le mur nord du presbytère. Enfin des murs du cloître sont exhumés côtés grange et square. Les travaux s’arrêtent mi-octobre.
L’année 1966 est quasiment une année blanche, Léon Pressouyre achevant son séjour romain. Les travaux reprennent sous sa direction dès le 24 avril 1967. Il s’agit d’abattre les murs de jardin pour voir s’il reste des fragments dans leurs fondations. Les travaux se concentrent sur le mur presbytère-square pendant le mois de mai avec, à la clef, découverte de fragments et de murs de fondations du cloître. Le 26 mai, les ouvriers quittent le chantier. Ils reviennent le 17 juillet et démolissent la grange. Ils repartent fin juillet et reviennent deux jours en septembre.
L’année 1968 est marquée par la découverte par le chanoine Dhyvert du dallage d'origine du cloître à l'occasion de travaux de réfection de la salle à manger du presbytère. Léon Pressouyre vient sur site début mai et l’endroit est fouillé durant tout le mois : de rares fragments sont retrouvés.
Faute de crédits, rien ne se passe en 1969. Les choses changent en 1970 grâce à l’impulsion de la Société Française d’Archéologie qui demande la reprise des travaux. Cette fois, Léon Pressouyre est officiellement chargé des opérations. Les mois de septembre et octobre voient la fin des fouilles de récupération avec la découverte de nombreux fragments notamment dans le secteur du mur nord du presbytère et dans la cuisine du n° 3 place Notre-Dame, dite « cuisine Aubert », entièrement sondée.
La seconde étape des fouilles peut alors débuter.
À la phase de récupération succède une fouille systématique, rendue possible par le rachat municipal des terrains et immeubles concernés, désormais à la disposition de Léon Pressouyre. L’aire du cloître est dégagée : les bâtiments annexes sont détruits, y compris la salle Sainte Claire démolie en janvier-février 1971, tandis que les murs de jardin et les arbres sont abattus. Le terrain est carroyé selon la méthode élaborée avant-guerre par Mortimer Wheeler afin de permettre une d’exploration stratigraphique de l’ensemble du site. Celui-ci, y compris le rez-de-chaussée du presbytère, est divisé en carrés de 5 m de côté qui sont ensuite creusés en laissant subsister entre eux des parois de terre (ou « bermes ») larges d’1 m afin de permettre la circulation. Lorsque le niveau inférieur de la fouille est atteint dans les carrés, ces bermes sont explorées à leur tour.
Durant toute cette période, les époux Pressouyre ont un logement sur place. Davantage disponibles, ils tiennent eux-mêmes des cahiers sur lesquels ils notent l’avancée du chantier tandis que Sylvia continue de ficher minutieusement les découvertes.
Les fouilles du sol se succèdent sur 3 campagnes d’été, de 1971 à 1973. L’année 1971 est la plus riche en découvertes, comptant à elle seule 29 % des trouvailles de cette seconde phase. Les époux Pressouyre séjournant aux Etats-Unis une partie du temps, 1972 est finalement peu propice aux travaux. Quant à l’année 1973, elle voit l’achèvement de l’exploration du sol, avec la destruction des bermes et la fouille de la partie centrale du site appelée « massif central ».
Cette exploration systématique est suivie en 1974 de celle de l’intérieur du presbytère, toujours habité. Le chantier débute en août. Chaque pièce du bâtiment est examinée tour à tour. Les murs sont sondés et les planchers démontés. Les remblais d’un puits creusé dans le salon donnant sur le jardin sont fouillés et une descente de cave découverte dans le bureau du chanoine Dhyvert, donnant sur rue, inspectée. Plusieurs fragments sont retrouvés ainsi que le mur extérieur oriental du cloître qui traverse le salon. L’exploration du presbytère s’achève le 15 septembre avec sa remise en état. L’année se termine par des sondages dans le jardin du n° 7 place Notre-Dame. Aucun fragment n’est retrouvé, mis à part le 22 octobre un chapiteau dans l’un des murs de clôture de la parcelle.
L’année 1975 voit les débuts des travaux de construction du musée tandis que s’effectuent les derniers sondages sur site. De février à avril, plusieurs sont effectués dans le secteur du mur nord du cloître, au niveau de la maison Vachet et des cours des n° 5 et 7 place Notre-Dame. Le mur gouttereau de l’édifice est dégagé et quelques fragments sont retrouvés. En septembre, les époux Pressouyre s’attaquent à l’exploration de l’intérieur de la maison canoniale du n° 3, dont seule la cuisine avait été visitée en 1970. Comme dans le presbytère, les murs sont sondés, les planchers démontés et une descente de cave est découverte dans le couloir.
En juillet 1976 commence le démontage du dernier mur non exploré, le mur Debadier, du nom du propriétaire de la maison adjacente. La structure se trouve dans le prolongement du mur de brique et court jusqu’au quai. Plusieurs fragments sont retrouvés. Les dernières trouvailles ont lieu le 5 novembre, à l’occasion de la destruction de l’atelier construit en 1964.
Comme l’explique Sylvia Pressouyre dans son ouvrage paru en 1976, cette fouille d’ensemble permet une approche nouvelle du cloître et de son architecture. Mais si l’on sait désormais que colonnes simples et statues-colonnes ainsi que chapiteaux variés soutenaient les galeries, leur ordonnancement reste encore à découvrir.
| Numérisation / transcription | num. Pressouyre normalisé | date | date normalisée | localisation | renvoi num. Pressouyre | commentaire | Vestiges Micromusée | Type fragment |
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